L’homme à tuer

Je suis né dans les herbes d’un pays désert,
Une plaine infinie au milieu de laquelle
Un pommier et un fleuve reposent une mère
Un pays philosophe de son sol à son ciel

J’ai grandi sous ce ciel, j’ai foulé cette terre
J’en ai respiré l’air, j’ai plongé dans son onde
Me méfiant du bonheur j’ai quitté cette mère
J’ai fui le paradis pour comprendre le monde

J’y ai vu des lumières et des hommes autour
J’y ai vu tant de guerres pour si peu de familles
J’ai trouvé les cadavres en suivant les vautours
J’ai pleuré les enfants que l’argent déshabille

Je me suis rebellé devant cette détresse
J’ai cru voir devant moi le monde évoluer
Sans savoir que le vent dont on sent la caresse
Berce autant l’assassin que le prince tué

Après ma tentative je fus pourchassé
Par les sbires bénis des dieux qui me détestent
Capturé, mis en chaînes, isolé, menacé
J’ai reconnu la haine et enduré la peste

J’ai souffert de ce mal qui ne se guérit pas
Cette maladie noire que les hommes se souhaitent
J’ai tremblé et saigné par le voeu de vos rois
Chaque coup dans mon dos était une défaite

Ebloui par la bestialité de ces hommes
J’inhalais leur haleine et buvais leur venin
J’avais soif de mon eau, j’avais faim de mes pommes
J’ai pleuré des hivers plus chauds que ces matins

Et les hommes riaient, et les hommes dansaient !
Une musique aveugle rythmait leurs ébats
Ils célébraient d’avoir mis à jour mon secret
Ils pouvaient me tuer et je n’en mourais pas

Et mon sang tapissait les scènes des théâtres
Je ne dormais la nuit que pour hurler le jour
En tuant l’immortel ils cessaient de se battre
Et voyaient refleurir l’amitié et l’amour

Quant à moi, le soleil à l’éclat mutilé
Je ne brille que pour voir de tes yeux la lueur
Il me semble qu’un jour je me réveillerai
En attendant ils frappent et je saigne et je pleure.

Laisser un commentaire