Il y a un pays en Afrique, un pays sans océan ni montagne.
Un pays où les fleuves ne font que couler, sans naître ni mourir.
C’est un pays où le jour brille comme chez nous, par la lumière du même soleil sur la peau des mêmes hommes.
C’est un pays où chaque jour la mort se réveille sans que jamais la vie ne s’éteigne.
Les jours sont les mêmes, mais la nuit, la nuit…
La nuit, le froid qui tombe referme les fleurs doucement, en laissant un pétale déplié pour que le matin puisse les rouvrir. Une fois les fleurs fermées, il pose sa main sèche sur le pelage des animaux, les écailles des serpents.
Il appuie et caresse lourdement, lentement jusqu’à ce que les bêtes se serrent les unes contre les autres et que les serpents se terrent sous les roches encore tièdes.
Alors, lorsque les animaux dorment enfin et que les serpents ont tous disparu, alors le frisson se dirige vers les femmes et leurs fils.
Il souffle d’abord sur les enfants une brise, un murmure.
Pour l’instant le froid prévient, il caresse. Ce n’est que lorsque la première mère inquiète ordonne au premier fils transi de rentrer s’abriter que le frisson commence à s’intensifier.
Un à un, les bruits de la nuit s’éteignent.
La pénombre s’installe.
Ils disent là-bas qu’il pleut de l’ombre tant l’obscurité paraît lourde et opaque, chaque nuit, à ce moment précis.
Les parents s’affolent alors s’ils ne trouvent pas leurs enfants.
C’est un spectacle étrange, voir un parent pleurer.
Et ils pleurent parce qu’ils cherchent, et ils cherchent car ils ne trouvent pas.
Il n’y a bientôt plus que quatre… deux..
Il ne reste bientôt qu’un enfant perdu.
Alors les recherches peuvent cesser et les lumières s’éteindre.
Alors une famille, dans ce pays rouge le jour et mort la nuit, alors une famille apprend le deuil, cette langue qui se parle en sanglots.
Voyez-vous, dans ce pays, la nuit est un Dieu
Et les Dieux, sachez-le, les Dieux sont des trous
Dans lesquels se précipitent les enfants perdus.
Et les enfants se perdent, et les trous engloutissent
Et les matins se lèvent, et les fleurs refleurissent.
Il en manque une au noble appel,
un fils est mort, un autre naît.
Les pères durs vont travailler
Les mères pleurent dans la chapelle
Et l’on chante dans cette chapelle
Des mots comme les fleuves qui ne font que passer
Comme la vie des hommes, dans cette humble vallée
JAMBO
JAMBO GWADA
APARIGANI
MZURI SANA
WAGENI
WAKARI BISHWA
KENYA YETU
HAKUNA MATATA