Lettre à H.

Il était une fois, dans une chambre éclairée par la lumière douce d’une veilleuse, une petite fille qui dormait. Ses paupières se sont fermées il y a plus d’une heure maintenant et sa respiration est si douce qu’on croirait à la voir qu’elle fait semblant de dormir et qu’elle attend qu’on tourne la tête pour nous sauter dessus dans un grand éclat de rire. Lorsque son père l’a bordée, il a tiré la couverture fine jusqu’à son menton, lui a chuchoté « il est l’heure de faire dodo » dans un sourire aimant et a déposé un bisou sur son front. Maintenant la couverture traîne à moitié par terre et la petite fille rêve.

Je me suis toujours demandé à quoi pouvaient ressembler les rêves d’une petite fille.
On sait à quoi ressemblent les cauchemars: ça tourne toujours autour de l’abandon, des parents qui disparaissent. Mais ses rêves? Qu’est-ce qui peut bien rendre heureux un enfant de cet âge? Elle ne connaît pas la valeur, ne comprend pas le futur et ne fait pas attention au passé. Elle vit au présent, elle voyage dans l’instant comme un bateau la nuit, sans voir ni devant ni derrière.
Mais où va-t-elle lorsque le sommeil la prend et l’étend? En d’autres mots; quelle contrée est assez magnifique pour rendre un enfant seul heureux?

Je ne peux pas répondre à cette question, mais j’ai l’impression parfois de reconnaître une odeur de fleur, un rayon de soleil ou une mélodie s’échapper de ce pays rêvé que j’ai quitté en grandissant. Alors je m’arrête, je souris et j’écris que je l’ai reconnu pour ne pas qu’il s’échappe et disparaisse.

Tout ça pour dire que j’ai déjà vu ton sourire. Je n’étais peut-être qu’un enfant, mais il a si bien éclairé le chemin de  mes rêves que j’en reconnais aujourd’hui le reflet.
Je suis heureux de voir qu’il est toujours aussi doux, toujours aussi bon.

Je suis heureux de savoir que la petite fille qui dort dans la lumière douce de la petite chambre s’est envolée vers un monde peuplé par des sourires comme le tien.

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