Un jour de pluie

Frère,

C’est drôle, l’inspiration. Ça ressemble à un ciel orageux. T’es dans la rue, tu te dis que ça va finir par tomber et tu presses le pas pour rentrer t’abriter. En marchant, tu l’entends gronder, fulminer. Tu vois des nuages encore plus sombres au loin, chargés de cette pluie grise et chaude. L’atmosphère est lourde. Tes vêtements te collent à la peau, tu transpires et il n’y a pas de vent pour te rafraîchir. Tu tournes le coin de ta rue et tu sens les premières gouttelettes. Tu commences à te dire que ce n’est pas si dérangeant, tu trouves même que c’est assez agréable puis tu entends le ciel craquer. Un fil lumineux explose et fend l’horizon en deux. Après ce coup de feu la pluie s’épaissit, les gouttes frappent de plus en plus fort les toits de tôle comme si elles applaudissaient le ciel pour avoir brisé son silence. Tu avais vu l’éclair, tu l’entends désormais. Quand j’étais petit, on me disait toujours qu’il fallait multiplier le temps qui passait entre le tonnerre et son grondement par sept pour apprendre le nombre de kilomètres qui te séparait de lui. Je trouvais ça terrifiant. J’avais l’impression que chaque détonation me visait et je remerciais en silence la maladresse du tirailleur céleste de m’avoir épargné à nouveau. En grandissant, j’ai progressivement laissé de côté la peur pour mieux profiter de cette supériorité: celle d’un enfant qui regarde l’éclair s’abattre et qui se moque de ce qu’il ne l’a pas tué.

Cet éclair, mon frère, c’est l’inspiration qui me fouette et le chef-d’oeuvre, c’est le tonnerre le jour où il s’abattra sur l’enfant.
Le jour où le bruit et la lumière ne feront qu’un.

En attendant je rigole de mes textes qui ne frappent personne.

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