La voiture avançait dans le silence de la route nue. La nuit se préparait au loin et l’ombre des sapins sur le bitume se diffusait peu à peu. Dans la voiture, Pierre se sentait frêle, petit. Les arbres qu’il passait montaient haut et leurs lourdes fourrures d’épines étaient épaissies encore par la neige compacte. Lorsqu’il les regardait, il les respectait presque. Il les imaginait en rois sombres et solennels, en armure noire où se reflète par endroits un soleil blanc. Ces figures verticales, longues et sûres bordaient son chemin et il ne se retournait pas, en partie de peur de voir les seigneurs sylvestres le suivre mais aussi de peur de ne voir que la route. Il voulait pouvoir rêver, pouvoir ne pas savoir.
Alors il regarde devant lui en silence. Il ignore les pins qui le voient passer.
Il oublie la nuit qui s’étend calmement.