Le ravin l’envie

Un chemin escarpé à la droite duquel la mort parle la langue des immensités. Un gouffre, un trou. Un escalier d’une marche vers la fin.

Je marche sur le bord du ravin depuis assez longtemps pour avoir cessé de le craindre. Si je tombe, je meurs, tant pis. Je serais absent si je meurs. J’aurais déjà arrêté de voir le sol plat et noir comme un ciel s’approcher, j’aurais déjà arrêté de sentir le vent de l’air que je traverse me tirer et me pousser sans but. J’aurais déjà cessé de comprendre.
Je serais pour un instant, un moment silencieux, le seul mort dont le cœur bat encore.

Si je tombe, je meurs. En attendant, je marche.
La question me suit. Je suis seul et la question est pourquoi?
Parfois je me trompe et m’éloigne du ravin.
Je poursuis des formes et des lignes, des silhouettes de caresses.
Elles sont belles et fausses. Elles assurent me comprendre et je les crois.
J’arrête de regarder où mes pas se posent et je suis leur lumière loin du ravin.

Lorsqu’elles s’éteignent – elles s’éteignent toutes, seule l’obscurité est éternelle – je baisse des yeux étoilés, je reviens sur mes pas et je retrouve mon ravin, ma mort et son chemin.

Les premières fois, je m’en voulais. Je pensais manquer de discipline. J’ai compris plus tard que la mort qui me suivait le long du ravin m’en voulait de ne pas la détester. Je ne pouvais pas la détester: je n’avais pas peur. Or la haine qu’elle me demandait prend ses racines dans la honte d’avoir eu peur. Et je n’avais plus peur. Pour se venger, au retour de mes errements loin d’elle, elle me frappait du vertige, cette peur des corps.

J’ai quitté mon ravin en suivant une réponse à la question

Ça faisait longtemps.

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