J’entre chez moi comme on pénètre une crypte. L’humidité manque, mais l’obscurité m’enveloppe et mes pas font un fracas qui semble indigner les murs. Je sais que je suis en présence du vide, du silence qui se fera. C’est un peu d’enfer et mes pensées s’effritent devant cet espace si réduit, si simplement configuré. En prison les hommes debout savent qu’une brutalité les enferme, leur esprit peut ainsi se consoler. Ce sont des hommes libres qu’on agresse. Je n’ai pas ce luxe, je n’ai pas cette fable merveilleuse pour endormir ma conscience qui s’écorche à tenir droit. Je souffre et la porte que je viens de fermer se moque de me voir végéter. Elle s’ouvrirait presque, elle me forcerait à la refermer pour se moquer. Pour rire de ce que je suis devenu.
Le venin prend. Je sens mes muscles se faire au canapé, aux ressorts qui percent presque le tissu. Les chaises squelettiques tiennent debout malgré elles, elles semblent avoir été conçues pour dissuader de s’asseoir. Tout est maigre ici, seules les ombres prennent de la place. Tout tremble quand je pleure doucement. Les lumières ne semblent éclairer que la poussière et les taches grises sur le mur blanc. Il fait froid, ou bien il fait chaud pour quelqu’un d’autre. Je gêne. Ce n’est pas un appartement, c’est une tombe où je ne fais que dormir. Et je m’y terre malgré ce sentiment terrible de ne pas correspondre. C’est un miroir mort dans lequel je me vois.
Un tombeau avec salle de bain.