Sonnet pour mon cadavre

Si vous trouvez mon corps allongé contre un mur,
Immobile et muet face au flot de la ville,
Ne le dérangez pas, qu’on le laisse tranquille !
Enfin tombé de l’arbre, voilà mon fruit mûr.

J’ai péri, il est vrai, mais la vie n’est pas tout.
Sans lumière le corps est tout de même un poids
Et le mien vit sa mort, confortablement froid,
Sur le gris macadam qui en deviendrait doux.

Si vous vous arrêtez devant ma viande inerte,
Et que vous y cherchez un chagrin pour ma perte,
Poursuivez le chemin que vous interrompîtes

Car le seul sentiment que vous pourrez y lire
Sera l’exultation tout à fait inédite
Du grand soulagement de ne plus réfléchir.

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