Le mort dans le jardin

Le rossignol chantait encore quand mourut le vieil homme qui le regardait en pleurant.

Dans la tiédeur du jour qui s’éteignait, le jardin demeurait calme, presque heureux. C’eût été un étang qu’une ridule aurait hésité à se tracer sous l’aile lasse des libellules bleuies. La paix du cadavre assis coulait sur les pissenlits mûrs et la nuit tomba tout autour comme un drap sur un lit. C’est au matin que le voisin vit son voisin, détrempé, le menton bas et les yeux clos, pesant sur le siège tressé de paille. Être mort l’avait crevé. Le témoin serra son café en comprenant. Le brûla la porcelaine mais le deuil fit l’ordre dans la chair, et jamais Benjamin ne put se souvenir de cette matinée sans que rougisse dans sa main gauche le souvenir de ce feu simple. Le vieux était parti splendide, sa redingote blanche gorgée de rosée avait comme fondu ; du dernier choix que fit son corps elle dévoilait les axes que les os avaient jetés, les chairs suivis. Le portail grinça lorsqu’on l’ouvrit, comme pour prévenir le macchabée qu’on venait pour lui. Des hommes avaient répondu à l’appel de Benjamin, s’étaient mis en route vers le petit théâtre. Les quelques planches humides du portail de bois clair virent débarquer l’équipée sans joie. Une sirène vrillait dans le vent froid et refusait que quiconque dorme pendant qu’on charriait le corps d’un camarade. La procession eut le bon goût de ne pas ajouter de messe basse à l’hymne hurlant. La voiture engloutit le vieux, accueillit les autres et s’en alla porter ailleurs son vacarme.

Le silence reprit le quartier ; le rossignol n’était plus là.

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