Mearibea en flammes.
Du temps des caravanes, la ville était riche. Aden, le cratère de volcans, s’approche par la côte de l’Océan Indien. Des tanks rouillent devant les murs criblés de balles, sous la chaleur suffocante. Deux montagnes furent creusées, en l’an 0, pour recueillir l’eau des moussons et l’offrir aux Adénites. La Reine de Saba érigea un barrage en terre, sur l’Oued ; tant que les caravanes donnaient leur or, le barrage tenait bon. Les Romains, en fonction des alizés, trouvèrent la route maritime pour contourner l’Arabie Saoudite et démolirent le barrage, dénudant la Reine de sa gloire.
A Kiva, les hôtels sont restés fidèles à l’ère soviétique. Les maçons boivent et les bâtisses titubent. Samarcande, à l’est, menace l’heimatlos : « Entre en moi et tu perdras la tête ». Tombouctou acquiesce et jubile. Des infidèles tombent des tours et les musulmans applaudissent. Le soir, la place du Régistan se peuple d’ombres : dans leur écuelle de la vodka et sous leurs pas des tortues. Non loin de là, la mer d’Aral est morte en l’honneur du coton, cultivé dans une terre lavée par des mains d’enfants. Le saint-coton prend les vies et rend de l’huile blanche qui parfume les cuisines.
Le neveu de Tamerlan a conquis Kaboul, son fils l’Inde. Le fils suivant a bâti le Taj Mahal et conçu cent fils en épuisant vingt mères. A la succession, on emprisonna le père mais on lui laissa voir, par une lucarne, son palais où reposait sa femme et ses jeunes années.
En Iran, des tours du silence appellent les rapaces qui dévorent les sépultures, puis on (funeste on) précipite les os par le fond. Un bruit sec les accueille, puis le silence. Ailleurs, une vache a fui un taureau en pénétrant une case et montant des escaliers, bénissant le propriétaire assoupi qu’un Dieu bovin réveilla.
L’islam défausse ses morts aussitôt secs ; dans le désert rien n’est jamais froid. A l’instar des juifs, ils ne brûlent pas les leurs. Le feu les souille.
En Argentine, les conquistadors ont exterminé des indiens qui, par ailleurs, n’existaient pas. Le massacre par l’absurde. Les Ecossais, quant à eux, ont laissé leur lande à des moutons pour plaire à Londres et ses lords.