Le Paysan et la Nuit

Au bord d’un pré où paissaient ses bœufs saouls,
Un vieux paysan fut pris d’inquiétude.
L’épais ciel du soir s’assombrit d’un coup
Sous le regard du berger sec et rude.

Il scrutait au loin le pays qui dort,
Y devinant dans la couleur de l’ombre
La nuit mauvaise où s’éveille la mort
Au creux des châteaux promis aux décombres.

Il rétablit autour de sa pâture
La clôture en bois lourd et craquelant;
Ses bestiaux comprirent le bruit du vent.

Bœufs et pasteur contemplèrent l’azur
Se partageant la prière funeste:
« Que les vaillants survivent, à Dieu le reste. »

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